Près de 37 ans après avoir franchi pour la première fois les portes d’Ornéode, Emmanuel célèbre aujourd’hui une étape majeure de son parcours professionnel : l’obtention de la médaille d’or du travail, sa troisième distinction après l’argent et le vermeil. Une reconnaissance qui couronne un engagement sans faille et une profonde fierté en relisant ces années de travail.
Arrivé jeune adulte, Emmanuel a construit au fil des années un parcours solide, marqué par plusieurs expériences au sein des « ateliers protégés », puis par son intégration à la cuisine centrale, où sont préparés chaque jour près de 1 200 repas destinés aux établissements d’Ornéode. Son histoire est aussi celle d’une belle détermination tranquille, d’un attachement fort à son travail et d’un cheminement personnel jalonné de rencontres décisives.

À l’occasion de cette nouvelle distinction, Emmanuel revient sur son parcours, ses souvenirs et ce que représente pour lui cette médaille d’or.
Emmanuel, pouvez-vous vous présenter ?
« Je m’appelle Emmanuel, j’ai 56 ans et j’habite au Mêle-sur-Sarthe, dans notre maison familiale. Je suis le troisième d’une fratrie de quatre garçons. Je viens de recevoir ma troisième médaille du travail pour mes 35 années au sein de l’ADAPEI. »
Qu’est-ce que cela vous fait de recevoir cette médaille ?
« La médaille, c’est vraiment une satisfaction personnelle. Si Maman était toujours là, elle serait contente. Ça représente beaucoup d’émotions pour moi… La cérémonie avec le préfet et ce temps émouvant avec M. de Balorre, j’en suis très heureux. »
Quel a été votre parcours avant d’arriver à l’ADAPEI ?
« Quand j’étais jeune, je suis allé à Pointel, puis à Saint-François-de-Sales à Alençon, puis Pointel et à Giel pour apprendre la sylviculture. Je n’y suis resté que quelques mois, ils ne pouvaient plus me garder… J’entends encore ma mère dire : “Qu’est-ce qu’on va faire d’Emmanuel ?” Mes parents voulaient vraiment trouver un endroit où je serais bien.
C’est à ce moment-là qu’ils m’ont amené rencontrer Christophe de Balorre, qui dirigeait la MFR de Mortagne-au-Perche à l’époque. J’y suis resté quelques mois. Je me souviens des vendanges chez M. et Mme Rocher, juste après mon arrivée, et des stages en agriculture chez M. Fossey. J’ai aussi fait un stage dans une entreprise de peinture, puis je suis retourné dans les vignes du bord de Loire, pour la taille. »
Quand avez-vous commencé à travailler à Ornéode, à l’époque l’ADAPEI ?
« J’avais été exempté du service militaire et je m’étais inscrit à l’ANPE. En attendant mon dossier COTOREP (ancienne MDPH-MDA, ndlr, j’ai fait un « TUC » (Travail d’Utilité Collective) à Orne Habitat où j’allais en mobylette. J’ai eu mon code en 1989 puis mon permis quelques mois plus tard.
Le 18 mars 1989, à 9 h, je suis passé en commission COTOREP. On m’a parlé d’un atelier protégé à Alençon. J’ai eu rendez-vous avec le directeur de l’ESAT de l’époque, le 6 avril 1989 à 14 heures. Je me souviens y être allé en mobylette, et en costume ! C’est comme ça que j’ai commencé à l’atelier protégé au sein du CAT : d’abord la machine à filmer pour le conditionnement, puis le câblage à l’atelier (des composants pour Beru notamment) mais aussi chez Loisel. J’ai aussi travaillé à l’atelier Fer (parti plus tard à l’ESAT d’Argentan).
Ma mère était très heureuse que je sois embauché à l’ADAPEI. Elle payait son adhésion chaque année et me demandait de la déposer pour elle. Quand elle a été malade, je faisais toutes mes démarches seul. Aujourd’hui encore, je fais tout, tout seul : la voiture, le contrat d’entretien…j’ai une carte bleue et un chéquier.
Vers 2005, j’ai suivi une formation au GRETA pour passer mon CFG (Certificat de Formation Générale). J’avais compris qu’il fallait un diplôme pour être quelqu’un dans la société. Le sujet d’actualité que j’avais choisi, c’était la délinquance en France. Ouest-France avait écrit que j’avais dit qu’il fallait un diplôme pour être quelqu’un !
Vers 2006-2007, je faisais des livraisons dans le cadre du câblage de l’atelier protégé chez SEB à Saint-Lô, ou encore chez Marbaud ou Lurem à Domfront. Je livrai à 11 heures et, parfois, je mangeais au restaurant et je ramenais ma note ! Je me souviens aussi des livraisons que je faisais pour des collèges à Alençon.
En 2010, j’ai obtenu la médaille d’argent du travail. »
Depuis quand travaillez-vous à la cuisine centrale ?
« La cuisine centrale, c’est depuis 2011. D’abord en remplacement, puis j’ai eu un poste de plongeur. La cuisine centrale venait d’être construite. Avant, il y avait à cet endroit une serre pour l’activité espaces verts du CAT. »
Que faisiez-vous à la cuisine centrale ?
« La plonge, et je fais toujours la plonge… J’ai aussi eu l’occasion de faire autre chose, comme du travail aux archives à la MDPH.
En 2020, j’ai obtenu la médaille de vermeil. J’aurais aimé que ce soit M. de Balorre qui me la remette, mais avec le confinement, il n’y a pas eu de cérémonie officielle. »
Avez-vous une passion particulière que vous voudriez partager ?
« Oui, j’adore lire le journal. Ouest-France, l’Orne Hebdo, le Réveil normand, le Journal de l’Orne, Le Perche, Paris Match, Le Point, Valeurs actuelles… et aussi Le Publicateur libre, le journal de Domfront. Ca m’apporte de l’apaisement ! Autre passion : les véhicules de pompiers : j’ai fait un véritable musée dans une pièce de ma maison. »